PLACEMENTS INSOLITES

Veillez à garder la tête froide

LA MARTINGALE DES PLACEMENTS EXISTE-T-ELLE? NON! CE N’EST PAS UNE RAISON POUR ÉVITER TOUT CE QUI EST ATYPIQUE, MAIS N’OUBLIEZ PAS QUE L’OR, LES MONNAIES NUMÉRIQUES OU LE CROWDFUNDING SONT DES SOLUTIONS RISQUÉES POUR VOTRE ÉPARGNE. À ÉTUDIER DONC, SANS Y DÉDIER PLUS DE 5 À 10 % DE VOTRE PATRIMOINE.

OR Une valeur refuge?

Le 4 août 2020, l’or franchissait la barre symbolique des 2000 dollars l’once (28,35 g). Soit un gain de 33% depuis fin 2019. Sans conteste, le métal précieux aura surfé sur la crise sanitaire. Agissant comme une assurance anti-crise, l’or est théoriquement à l’abri de toute disparition puisqu’il ne dépend d’aucune entreprise ou État. D’où son étiquette de «valeur refuge» – bien abusive, puisqu’il ne contient pas de garantie en capital. Sa valeur pourrait ainsi vite rechuter si les tensions s’apaisent dans le futur. Autre contre-pied: l’or ne délivre aucun rendement. Acheter de l’or, c’est miser uniquement sur une plus-value à terme. Spéculer, en somme.

UN ANXIOLYTIQUE FINANCIER

Alors, faut-il détenir ce métal précieux? Pourquoi pas, si cet anxiolytique financier vous permet de mieux dormir. Le stock d’or des Français est estimé à 3000 tonnes. Car c’est bien d’or physique qu’il est d’abord question, même si toutes les pièces et lingots d’or ne sont pas des supports de placement. Acquérir un lingot d’un kilo coûte plusieurs dizaines de milliers d’euros, mais vous pouvez opter pour moins cher avec des pièces Napoléon, des lingotins, etc. En pratique, vous passez directement par votre banquier (sauf à La Banque postale), avec des commissions d’achat de 2à 4% plus éventuellement la location d’un coffre (100 à 200 euros par an), par un bureau de change ou par un numismate (commissions moindres et négociables). Ou encore, vous achetez directement sur Internet (Aucoffre.com, BullionVault, BullionByPost, Or.fr, le Comptoir des Tuileries…). Mieux vaut être un brin connaisseur, toutefois. Sans surprise, «la relique barbare», comme l’appelait l’économiste Keynes, s’est aussi largement dématérialisée. On peut acheter de l’«or papier» via des produits financiers cotés en Bourse et indexés sur le cours de l’or, comme le Gold Bullion Securities ETC ou l’ETFS Physical Gold, qui sont adossés à un stock d’or physique déposé dans des banques. D’autres fonds, aux frais moins élevés, tels Physical Gold ETC ou Lyxor ETN Gold, ne sont pas adossés à un stock. Autre piste: investir dans des supports qui achètent des actions de sociétés cotées dont l’activité est liée à l’exploitation du métal précieux (mines, sociétés de prospection minière…). Même topo: le cours de l’or peut varier à la hausse comme à la baisse, sans rendement distribué. Vigilance aussi sur les arnaques: plus d’une douzaine de sites illégaux proposant des placements sur l’or ont été répertoriés par l’AMF.

UNE FISCALITÉ TRÈS LOURDE

Si vous pouvez justifier de la date d’achat de votre or, la plus-value sera taxée à 19% d’impôts, plus 17,2% de prélèvements sociaux, soit 36,2%. Point clé: un abattement de 5% est appliqué sur la plus-value par année de détention à partir de la troisième année. Passé 22 ans, vous serez donc exonéré! Vous ne pouvez pas justifier de la date d’acquisition? Passez à la caisse, avec une taxe de 11,5% lors de la vente, calculée sur le prix de vente, qu’il y ait ou non plus-value.

CRYPTOMONNAIES Pour les joueurs uniquement

Attention, terrain glissant. Ouvrir la porte des devises numériques fonctionnant sans banque centrale mais de pair à pair, c’est entrer dans un nouveau monde. On parle alors de cryptomonnaies (ou actifs), dont le bitcoin (lancé en 2009) est le leader. Il existerait plus de 1300 crypto-actifs en circulation sur la toile aujourd’hui. Ces monnaies virtuelles sont adossées à une technologie informatique, la blockchain («chaîne de blocs», en français littéral), qui éviterait les contrefaçons numériques (à l’image des faux billets pour les monnaies traditionnelles). Tout s’échange donc de manière digitale, avec l’anonymat des acheteurs comme des vendeurs, seule leur clé numérique étant connue. C’est un placement hyperspéculatif, pas une monnaie de substitution. L’objectif d’un investisseur est d’en tirer une plus-value. À savoir: elle sera taxée à 30% (abattement sur les 305 premiers euros de cession).

HAUSSES ET BAISSES VERTIGINEUSES

En pratique, pour investir, on passe par une plateforme (Coinbase, Binance…) sur laquelle on achète, par exemple, quelques bitcoins (à partir de 25 euros). On les conserve sur un compte du site ou dans un portefeuille privé puis, à sa guise, on les revend ou on les échange contre d’autres cryptomonnaies (frais de 2 à 10% au passage). Ce placement est très instable. Retour sur le bitcoin: de 857 euros début janvier 2017, sa valeur est montée à 16979 euros le 16 décembre de la même année: vingt fois plus. Voilà pourquoi certains spéculateurs sont devenus millionnaires en quelques mois. Encore fallait-il avoir vendu à temps… Un an plus tard, le prix était retombé à 2966 euros. Puis ce fut la remontée, jusqu’à 10720 euros en août 2019, et la rechute sous les 9000 euros avant de repartir en flèche (15747 euros au 23 novembre dernier). Bref, avec ce placement, vous devrez toujours vous demander quand s’arrêtera le prochain rallye haussier.

On trouve aujourd’hui des crypto-actifs partout, même chez certains buralistes. En validant votre grille de loto, vous prendrez bien un peu de cryptomonnaie? Il vous suffit de créer un compte en ligne sur la plateforme Keplerk. Prenez garde ici aussi aux arnaques. La liste des faux sites est longue comme le bras, et les escrocs ne vous lâchent pas. Méditez ainsi l’histoire d’Alain, un retraité qui a placé 3000 euros en bitcoins sur les sollicitations d’une (fausse) conseillère. Mis en confiance après avoir recouvré son capital, il a alors remis 30000 euros au pot. Mais ceux-là, il ne les a jamais revus…« Les sommes sont versées sur des comptes bancaires étrangers localisés dans la zone euro, avant d’être virées vers d’autres pays beaucoup moins coopératifs sur le plan judiciaire » explique l’AMF.

CROWDFUNDING Des rendements tenables ?

Le vocabulaire anglo-saxon a envahi l’univers fi nancier, contribuant au brouillard qui enveloppe les placements. Il en est ainsi du mot crowdfunding, communément traduit par « fi nancement participatif ». Son principe ? À titre individuel, vous soutenez par votre épargne un projet qui a besoin d’une levée de fonds. Des plateformes font l’intermédiaire sur le Net, affi – chant les rendements promis, parfois plus de 10 %. Sur le papier, c’est attractif, d’autant que vous choisissez vous-même qui et quoi soutenir, et que les tickets d’entrée sont abordables. Reste à savoir où l’on met les pieds. Il existe en fait deux modes de crowdfunding. Soit vous participez au besoin d’argent d’une entreprise pour fi nancer son développement ou une opération précise. Soit vous entrez dans le capital d’une PME non cotée, on parle alors de private equity. Ces deux mondes sont radicalement diff érents. Le dernier cité est un investissement très risqué, mais dans l’économie « réelle », vend-on. « Entrer au capital d’une entreprise qui porte un projet innovant – techniquement ou socialement parlant –, c’est choisir l’engagement et devenir acteur de ce projet », argumente Stéphane Bunouf, CEO de la plateforme myOptions, lancée en 2016. Il revendique une « sélection minutieuse des projets, afi n de limiter leur risque d’échec ». MyOptions avançait, début septembre 2020, un taux de défaut de… 0 %. Pour autant, « le fi nancement d’une start-up est très aléatoire, avec un risque élevé de ne pas récupérer son argent », pointe Karl Toussaint du Wast, cofondateur du cabinet patrimonial Netinvestissement. À éviter, donc, avec une épargne dont vous pourriez avoir besoin.

L’IMMOBILIER, NICHE DORÉE DU FINANCEMENT PARTICIPATIF

La première solution est davantage encadrée, avec un remboursement du prêt qui peut se faire en nature, en capital, plus des intérêts en nature ou fi nanciers, etc. Aujourd’hui, ce sont les fi nancements de projets immobiliers qui font mouche sur plusieurs plateformes (Fundimmo, Hello Crowdfunding, Koregraf, Wiseed, etc.). Le plan ? « Les promoteurs ont besoin d’argent frais et font un appel public à l’épargne [300 000 euros à 1 million d’euros en général, ndlr], sous forme d’obligations, avec une durée et un rendement affi ché, explique Karl Toussaint du Wast. Il n’y a pas de garantie en capital, l’argent est bloqué 12 à 24 mois en général, mais le risque est, somme toute, faible. Et les rendements attribués vont, pour l’heure, de 6 à 10 % bruts, ce qui est attractif. » Pour obtenir le rendement net, il faut retirer 30 % de prélèvement forfaitaire unique.

Donc vous placez en moyenne autour de 1 500 euros dans un projet, et trois scénarios sont possibles. Soit tout marche correctement et, au terme, le promoteur rembourse la totalité, intérêts compris. Soit il demande un délai pour chantier en retard. Soit il croule, et tout est perdu ! « Aucun cas de faillite dans nos dossiers, constate toutefois le cofondateur de Netinvestissement. Juste une situation de décalage à cause de la crise sanitaire. Par précaution, on ira sur des opérations prévendues à 100 %, donc sans risque de commercialisation du programme immobilier. » Les acteurs du marché assurent que le taux de nonremboursement est minimal, en dessous de 1 %. Gare, cependant, à l’emballement de la formule, les opérations étant aujourd’hui vendues en quelques heures (536 projets fi nancés en 2019). Pour faire le tri, l’appui d’un cabinet aguerri sera utile, d’autant que sa commission est négociée avec le promoteur. Dans tous les cas, vérifi ez que la plateforme est bien enregistrée sur le registre offi ciel de l’Orias, et qu’elle a le statut de conseiller en investissement participatif (CIP) ou d’intermédiaire en fi nancement participatif (IFP).