9 mesures de protection contre l’inflation.

9 actions résistantes à l’inflation

9 mesures de protection contre l'inflation.

Il est de coutume d’affirmer qu’inflation et marchés boursiers ne font pas bon ménage. Une théorie appuyée sur des arguments solides, mais qui, heureusement, ne se vérifie pas systématiquement. En fait, sur une longue période, on constate qu’il n’existe pas de corrélation évidente entre le niveau des prix à la consommation et les cours de Bourse. Pour autant, l’inflation a des répercussions multiples, susceptibles d’avantager ou d’affecter certaines valeurs. Mieux vaut donc s’y préparer.

Le premier effet pénalisant de l’inflation sur les actions est lié au marché obligataire. Pour calmer la hausse des prix, les banques centrales ont tendance à resserrer leur politique monétaire en relevant leurs taux directeurs. Par mimétisme, les nouvelles obligations émises (par les gouvernements et les entreprises) suivent le mouvement en offrant un rendement plus élevé que les anciennes. Cette remontée des rendements rend le placement en obligations plus attractif et peut inciter les investisseurs à les privilégier au détriment des actions.

Certaines valeurs profitent de l’augmentation des prix

Mais l’inflation peut aussi directement impacter les entreprises et leurs profits de deux manières. D’abord, au niveau du coût de financement en rendant le crédit moins bon marché, surtout pour les sociétés très endettées. Celles qui disposent d’une trésorerie abondante sont en revanche avantagées car leur trésor de guerre est mieux rémunéré.

Ensuite, la flambée des prix des matières premières et les effets induits de l’inflation en termes de hausse des salaires auront tendance à obérer les résultats et donc la capacité des entreprises à verser des dividendes. Là encore, il y a des exceptions : les producteurs de matières premières, eux, bénéficient de l’envolée des prix.

D’une manière générale, plus la montée de l’inflation est rapide et plus il sera difficile pour une entreprise d’en répercuter l’impact sur ses prix de vente. A moins de disposer d’un vrai pricing power, c’est-à-dire de la capacité à imposer ses prix aux consommateurs. Sinon, la société n’a d’autre solution pour préserver ses marges que d’engager des restructurations permettant de soulager son point mort. Voici trois thématiques boursières adaptées à un environnement inflationniste.

Le pricing power à l’épreuve de la hausse des prix

L’élément marquant de l’année 2021 aura été la capacité des entreprises à absorber les surcoûts liés aux problèmes d’approvisionnement et aux goulets d’étranglement. Dans la plupart des secteurs, elles sont parvenues à en répercuter le poids sur le consommateur final, faisant preuve d’un bon pricing power. Mais si cela a été possible, c’est parce que les ménages ont beaucoup consommé après une longue période de privation pendant la pandémie. Aux Etats-Unis, certains ont même reçu des chèques de la part du gouvernement, tandis qu’en Europe, les Etats ont soutenu à bout de bras les entreprises fragiles, les préservant de la faillite.

Cette situation de surconsommation ne semble cependant pas durable, d’autant que la hausse des prix de l’essence et des autres énergies commence à raboter sérieusement le pouvoir d’achat. Dès lors, les biens les moins indispensables pourraient faire l’objet d’arbitrages défavorables et toutes les sociétés ne pourront bientôt plus se prévaloir du même niveau de pricing power. Parmi les activités les plus à même de tirer leur épingle du jeu figurent le luxe et les spiritueux de prestige, qui s’adressent à une clientèle aisée et peu sensible aux effets de prix. Les groupes du secteur comme Hermès, LVMH ou Rémy Cointreau ajustent systématiquement leurs tarifs dès la moindre tension observée sur leurs conditions d’achat.

Autres valeurs sûres, celles du compartiment technologique (ASML, Capgemini, Dassault Systèmes) sont protégées par de fortes barrières à l’entrée et une présence sur des savoir-faire et des compétences indispensables. Il en est de même pour les entreprises positionnées sur les tendances structurelles telles que la transition énergétique (Legrand, Schneider Electric) ou même certaines sociétés industrielles dotées d’une belle capacité d’innovation (Michelin dans les pneus) et certains acteurs de la santé ou des services (Eurofins Scientific).

Les actifs réels font figure de valeur refuge

Qui dit actif réel dit aussi actif tangible, doté d’une valeur intrinsèque et susceptible d’être échangé. Ces placements reviennent logiquement à la mode dès que l’inflation commence à pointer. Ils relèvent principalement de trois secteurs : l’immobilier (résidentiel et commercial), les matières premières (pétrole, gaz, minerais) et les infrastructures (autoroutes, ponts, aéroports, pipelines, services d’eau et d’électricité). Tous profitent de tendances structurelles comme l’expansion démographique ou la demande croissante d’énergie.

Ces sociétés délivrent souvent des sources de revenu stables, avec des rendements proches ou supérieurs au niveau d’inflation, ce qui en fait des placements alternatifs aux obligations, avec l’avantage supplémentaire d’avoir des rétributions généralement indexées sur les prix à la consommation. Autre atout, les actifs réels ne réagissent pas de la même façon que les marchés d’actions ou d’obligations dans leur globalité et offrent ainsi une décorrélation avec d’autres classes d’actifs.

Ces thématiques sont plus ou moins bien représentées selon les places financières. La cote parisienne est relativement pauvre en matières premières, à l’exception notable de TotalEnergies dans le secteur pétrolier et les énergies renouvelables ou encore Eramet dans l’extraction de manganèse et de nickel (et bientôt le lithium).

En revanche, les sociétés foncières, propriétaires d’un patrimoine immobilier commercial ou résidentiel, sont nombreuses (Altarea, Argan, Covivo, Gecina, Icade, Klépierre, Mercialys, Unibail-Rodamco-Westfield, Société de la Tour Eiffel). Attention toutefois, en cas de remontée des taux d’intérêt, ces sociétés pâtiraient de la hausse des taux de capitalisation de leurs loyers utilisés pour leur valorisation et subiraient parallèlement le renchérissement du coût de leur dette future. Quant aux infrastructures, elles sont représentées par les principaux gestionnaires de concessions comme Vinci ou Eiffage.

Du rendement régulier, sonnant et trébuchant

Le retour de l’inflation ne rime pas forcément avec des rendements beaucoup plus élevés sur les marchés monétaires et obligataires dans la mesure où les banques centrales disposent d’une marge de manœuvre limitée pour relever leurs taux directeurs au regard de l’endettement massif des Etats. Par conséquent, les actions dotées de généreux dividendes restent une alternative crédible, à condition toutefois de veiller à la pérennité de cette distribution. A cet égard, les meilleures valeurs de rendement ne sont pas celles qui offrent la rémunération la plus élevée à un instant t mais plutôt celles capables d’augmenter régulièrement leurs coupons grâce à des cash-flows récurrents assis sur des modèles économiques solides et des perspectives de croissance pérennes.

Dans un contexte inflationniste, les valeurs bancaires deviennent attractives à double titre. D’une part, elles profitent de la remontée des taux pour reconstituer les marges de leurs activités de détail. D’autre part, elles se sont suffisamment renforcées financièrement pour pouvoir rétrocéder une large partie de leurs bénéfices à leurs actionnaires. C’est le cas des grands établissements comme BNP Paribas ou Société Générale qui visent des taux de distribution d’environ 50 %.

Les laboratoires pharmaceutiques, comme Sanofi ou Novartis, figurent également parmi les grands pourvoyeurs de dividende. Leur activité se révèle peu dépendante de la conjoncture et présente une belle régularité, ce qui leur permet d’afficher des marges et des cash-flows élevés dont une large partie peut être reversée aux actionnaires. Il en est de même pour les acteurs des services à l’environnement, portés par des tendances structurelles très favorables liées à l’expansion démographique et à la transformation écologique. C’est le cas de Veolia qui vient d’obtenir l’autorisation des autorités européennes pour le rachat des activités de Suez et intervient dans la gestion de l’eau, des déchets et de l’énergie.